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«  Mi casa, es mi lucha. »
Itinéraire de vie d’une fillette de la selva.

Une fleur dans la poussière. Socorro Flores Flores, comme le signale son patronyme, vient de la jungle. Elle est née dans la forêt amazonienne, dont elle n’a connu la luxuriance que pendant les dix premières années de sa vie.

Si le nom reste, cela fait désormais quarante ans que la fillette a abandonné l’opulence de sa terre natale pour la poussière et la sécheresse de Lima. Depuis ses parents ont décidé de la confier à ses frères ainés et de l’envoyer suivre des études dans la capitale. Ce qu’elle a fait jusqu’à l’âge de 23 ans, tout en travaillant en parallèle comme secrétaire pour assurer son indépendance.
Célibataire, Socorro était encore jeune quand elle a donné naissance à son fils aîné. Pour lui, pour se stabiliser, et parce qu’elle venait de perdre son travail à cause de la crise économique que connaissait le Pérou de l’époque sous Fujimori, Socorro est venue vivre à La Ensenada. C’était il y a 23 ans.
La Ensenada à cette époque, c’étaient des champs. Des milliers de personnes, débarquant de leurs campagnes ou frappées par la crise comme Socorro, prenaient d’assaut les terrains et s’y installaient tant bien que mal. Aujourd’hui, La Ensenada compte 20 000 habitants.
Jusque là, la jeune femme avait toujours vécu dans des quartiers plus centraux et moins marginalisés de Lima. Mais pour elle, s’installer à La Ensenada, c’était le seul moyen d’accéder à la propriété. Au début, sa maison n’était qu’une cabane de nattes. Puis, longtemps, elle est restée de bois. Et depuis deux ans, Socorro vit dans une maison en dur. Une vraie maison, une solide, faite de briques. Les choses ont bien changé. Comme tous, l’enfant de la selva a connu la lutte pour légaliser l’occupation de son terrain, comme tous elle a enduré le combat pour obtenir un droit de propriété. Comme tous, mais encore plus que les autres. Cette femme battante a dirigé pendant presque 10 ans la junte directive de sa communauté, La Merced, devenant une figure de proue de ces luttes d’accès à la propriété.
Au début, confie Socorro, c’était vraiment difficile de vivre à La Ensenada. Les habitations poussaient de toutes parts de façon aussi spontanée que désorganisée, sans que les infrastructures ne suivent. Partout, ne couraient que des chemins de terre se transformant en boue l’hiver. Aucun bus, pas de ramassage des poubelles, une distribution d’eau une fois par semaine…. tout était informel et désorganisé. Mais depuis 23 ans qu’elle y habite, l’ancienne dirigeante a vu La Merced se transformer. Aujourd’hui, dans sa maison en briques, Socorro bénéficie de l’eau courante et de l’écoulement des eaux. Les routes principales sont goudronnées, et les transports publics desservent son quartier. Il y a l’électricité partout, et même internet.
« Aujourd’hui, ma vie est facile » dit elle. Son fils, qui lui a donné un petit fils il y a cinq ans, n’est plus à sa charge. Elle a un emploi stable, et une maison solide.
Si aujourd’hui, La Merced jouit donc des services de n’importe quelle zone urbaine, y aurait-il quelque chose à changer ? C’est la maman qui répond : « la priorité, c’est l’éducation ! » Trop peu d’écoles primaires, et de mauvais niveau, aucune université… Un manque d’accès aux livres, des parents trop peu éduqués pour les accompagner dans leur apprentissage, et des ressources économiques trop faibles pour accéder à l’université... Les enfants de La Ensenada sont très clairement défavorisés. Augmenter à la fois la quantité et la qualité des lieux d’enseignement, construire des écoles et améliorer la pédagogie, sont une vraie nécessité, pour que les jeunes de La Ensenada aussi, puissent améliorer leurs conditions de vie par leurs études.
Par contre, hors de question pour elle de déménager. A la question « penses-tu quitter un jour La Ensenada ? » c’est presque en criant qu’elle répond : « Jamais ! Ici, c’est ma maison, c’est mon combat ! ». Cette communauté, cette maison, ça représente pour elle un sacrifice trop grand, trop d’abandons, trop de luttes, trop de choses vécues et trop d’apprises, pour un jour envisager de les abandonner.

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