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«  Mi casa, es mi lucha. »
Itinéraire de vie d’une fillette de la selva.

Une fleur dans la poussière. Socorro Flores Flores, comme le signale son patronyme, vient de la jungle. Elle est née dans la forêt amazonienne, dont elle n’a connu la luxuriance que pendant les dix premières années de sa vie.

(...suite...) Avec Mano a Mano, elle travaille depuis les tout débuts. Il y a presque 20 ans, elle était déjà là quand Sylvie installait son dispensaire communal sur un terrain prêté par la communauté. Mais cela ne fait que six ans qu’elle est employée à temps plein par l’association, avec les à côtés positifs que cela implique. Ainsi, c‘est grâce à cet emploi qu’elle a pu contracter le prêt lui permettant de construire, enfin, sa maison de briques et de ciment.
Sur le papier, Socorro est administratrice de projets. C’est-à-dire, selon ses propres mots, qu’elle est « chargée de prendre soin des intérêts de l’institution » : Tout projet, de l’atelier de production artisanal aux ludothèques, en passant par le restaurant solidaire, a son responsable. Mais Socorro, elle, est chargée de veiller au bon fonctionnement global de l’association : elle assure le suivi des projets, vérifie que chacun se donne… Une vigilance de tous les jours, qui la conduit à passer autant de temps sur le terrain qu’au bureau.
Toutefois, ses responsabilités ne s’arrêtent pas là. Ainsi, elle est plus spécifiquement responsable des activités de tourisme solidaire, de la réception et du traitement des donations, ainsi que de l’accueil des volontaires.Elle fait aussi partie du Conseil Exécutif de l’association, depuis 4 ans que celui-ci existe. Et à ce titre, elle prend part chaque semaine aux réunions qui décident de l’orientation à donner à l’association et à ses projets.
Du fait de la diversité de ses missions, et parce qu’elle estime que sinon elle s’ennuierait, Socorro n’a donc pas de journée type. Un jour serveuse au restaurant solidaire de l’association, le lendemain sur le terrain à régler les tensions entre deux personnes, un jour au bureau et le lendemain à faire visiter la ville aux touristes… Les journées se succèdent et ne se ressemblent pas, suivant tout de même un plan de travail hebdomadaire défini dans les fameuses réunions du samedi matin.
Sur le papier, toujours, Socorro travaille 8 heures par jour, 6 jours par semaine. En réalité, elle est présente de 9h à 20h du lundi au samedi. Elle se définit elle-même comme « salariée ET volontaire ». C’est ainsi,elle ne travaille pas pour une entreprise productive, et sait que tant qu’il y a du travail il faut quelqu’un pour l’accomplir.
De plus, cet investissement lui semble une continuation logique de son poste de dirigeante de communauté, qu’elle a si longtemps exercé. Elle se lance dans un parallèle : « avant, ma vie quotidienne c’était mon fils, ma communauté, ma maison. Aujourd’hui, c’est Mano a Mano et ma maison. C’est vrai, je ne travaille plus sur le terrain et au jour le jour avec ma communauté comme avant. Mais à travers Mano a Mano, mes actions aujourd’hui ont plus d’impact, et bénéficient à plus de personnes. » Elle confie aussi que ça a du bon de s’investir d’un peu plus loin, car de près ça te mine trop : être exposé sans cesse aux critiques des voisins, voir ceux qui ne veulent pas aider mais donnent leur avis sur tout, ou ceux qui critiquent tes actions et se débrouillent pour en profiter quand même. « Cela casse ta motivation, alors prendre du recul, ça te permet de te protéger, et de préserver ta volonté de t’engager. »
Socorro jette un œil indulgent sur son passé, elle a souffert mais ne regrette rien. Et elle regarde avec optimisme vers l’avenir : tout ce à quoi elle aspire, modestement, c’est de rester en bonne santé, de garder son travail et de mener une vie tranquille. A l’association, elle souhaite de ne jamais, jamais perdre son idéologie. A savoir enseigner aux gens à se prendre en charge, à donner le meilleur d’eux, toujours. Une idéologie semblable à celle de Confucius, qui veut que « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »
Aux français qui écouteront son témoignage, elle veut s’adresser avec le même esprit d’indépendance. Ne pas dire merci, parce que les gens sont fatigués d’écouter des remerciements. Mais à tous et à chacun : « soyez assurés qu’avec MAM, nous chercherons toujours la forme la plus adaptée de faire parvenir aux gens d’ici qui ont eu moins de chance cet effort que vous, vous faites en France ».

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